La caisse réemployable : vers un standard pour accélérer le passage au réemploi
Le 20 mai 2026, la REuse Economy Expo a accueilli une table ronde autour des enjeux de la caisse plastique réemployable. Le secteur de la boulangerie et de l’alimentaire, ainsi que le secteur de la distribution étaient représentés aux côtés de CITEO PRO et GS1. L’occasion pour les intervenants de mettre en lumière les conditions indispensables pour généraliser le réemploi, en s’accordant sur le besoin d’un alignement collectif.
Une table ronde animée par Sabine Haltebourg, Directrice des opérations CITEO PRO autour de :
Denis Grivet, Responsable technique, réglementaire et emballages, Fédération des Entreprises de Boulangerie (FEB) Myriam Vermast, EPR project manager, Decathlon Stéphane Cren, Directeur de l’innovation, GS1 Julien Dubourg, Président exécutif, CITEO PRO
État des lieux #1 : La caisse réemployable dans le secteur de la boulangerie
Dans le secteur de la boulangerie, la caisse en carton (aussi appelée caisse américaine) est largement répandue. La Fédération des entreprises de boulangerie (FEB) réunit environ 200 sites de production et plus de 2 000 points de vente qui utilisent quotidiennement ces caisses pour livrer des produits finis et semi-finis. Or, une fois en magasin, elles sont immédiatement jetées.
Pour des circuits courts et spécifiques, des caisses réemployables en plastique sont utilisées, mais ce modèle reste marginal et à petite échelle. Denis Grivet a expérimenté cette approche dans son ancienne entreprise avec succès. Il témoigne : « À l’échelle d’une entreprise seule, il est difficile de déployer des solutions réemployables en raison des coûts, des formats variables et des contraintes techniques liées au surgelé ».
Denis Grivet a créé un groupe de travail au sein de la fédération pour mettre en place un système de réemploi avec des formats prédéfinis. L’enjeu est d’harmoniser des pratiques aujourd’hui très hétérogènes : la multiplicité des formats selon les clients, les conditions strictes de surgélation et les durées de rotation longues rendent cette standardisation particulièrement complexe.
Dans la fabrication des produits de boulangerie, les boucles sont longues : de nombreux acteurs interviennent tout au long d’une chaîne de valeur étendue. À l’échelle d’une seule entreprise, instaurer le réemploi et espérer récupérer ses contenants semble impossible. Par conséquent, si une mise en œuvre individuelle est presque hors de portée, c’est bien en impliquant tout le collectif du secteur que le réemploi et la standardisation deviennent une réalité.
Julien Dubourg
Président Exécutif – CITEO PRO
Certains secteurs présentent une pertinence économique et environnementale à adopter le réemploi. Cette différenciation secteur par secteur devra être affinée en travaillant avec les différents acteurs
État des lieux #2 : La caisse réemployable chez Decathlon, plus de 20 ans d’expérience
Chez Decathlon, le réemploi est bien établi depuis vingt ans avec des caisses réemployables entre magasins et entrepôts. Myriam Vermast rappelle que cette démarche était avant tout économique : « Au départ, si on partait sur du réemploi, c’est parce que c’était intéressant économiquement. À l’époque, on n’était pas encore animé par l’impact environnemental ».
Au fil du temps, le groupe a construit un modèle abouti avec automation des entrepôts, catalogues de pièces détachées et réparations internalisées. Myriam Vermast ironise : « on retrouve en entrepôt jusqu’à trois générations de logos sur nos bacs parce qu’ils sont là depuis des années. On continue de les utiliser ».
Plus récemment, Decathlon a relevé de nouveaux défis en supprimant les polybags sur les textiles et en mettant en place des systèmes de détection d’humidité. Le groupe identifie cependant un point de friction au niveau de la traçabilité au bac. Cette exigence du règlement PPWR permettra de prouver le taux de réemploi et constitue le point de départ à la mesure de l’accélération du réemploi.
Comme la Fédération des boulangeries, Decathlon reconnaît que l’approche collective est incontournable. L’entreprise travaille donc à mutualiser les bacs et les besoins, et à déployer un outil de traçabilité, pour optimiser les flux retour.
Acteurs du réemploi ?
Comment CITEO PRO vous accompagne
Traçabilité et interopérabilité, fondamentaux du réemploi
Stéphane Cren, Responsable de l’innovation chez GS1, définit la traçabilité appliquée au réemploi comme « la capacité pour les différentes entreprises d’être capable de suivre les flux, de suivre les stocks et aussi de suivre l’état des emballages réemployables ». Il l’envisage même à la fois comme outil de conformité et de compétitivité.
Pour lui, le réemploi est avant tout une affaire de circulation d’emballages. La traçabilité permet d’objectiver les performances individuelles de chaque acteur des boucles de réemploi en identifiant le parcours des emballages, les pertes, les oublis ou les casses. À partir des données recueillies, les entreprises pourront ensuite prendre des décisions opérationnelles pour une gestion plus fluide et sécurisée de leurs emballages professionnels.
Or suivre un emballage qui passe de main en main suppose que les acteurs puissent échanger leurs données. La traçabilité appelle donc l’interopérabilité qui regroupe deux dimensions :
Au sens de système d’information d’abord pour identifier les emballages et faire circuler au bon endroit les données associées. Au sens physique ensuite, indispensable en logistique, pour que « les flux des uns se combinent avec les flux des autres », affirme-t-il.
Concrètement, cela signifie que les boîtes puissent se superposer et s’emboîter, qu’elles soient pleines ou pliées. Les boîtes doivent s’ouvrir et se fermer de la même façon. Et pour parler de bacs « standardisés », il faut que les moyens technologiques de traçabilité soient les mêmes et soient conçus dès le départ avec leur recyclabilité en tête.
Un seul standard de caisse serait-il pertinent ?
Autour de la table, l’idée d’un seul bac unique est perçue comme utopique et peu pertinente. En revanche, l’idée de caisses qui forment une famille cohérente capable de répondre à peu près à tous les besoins dans un secteur d’activité, serait plus réalisable.
Cela appelle une mobilisation de toute la filière. L’arrivée de la REP Emballages professionnels et le positionnement des éco-organismes doivent être l’occasion de faire entendre cette parole et de mettre en place les dispositifs et les initiatives au profit de cet horizon.
Les éco-organismes comme CITEO PRO servent à orchestrer le passage au réemploi
1- Ne pas bousculer ce qui fonctionne
CITEO PRO, représenté par Julien Dubourg, conserve sa ligne de conduite : « Partout où le réemploi fonctionne, nous n’avons pas à intervenir et à venir bouleverser ce qui tourne directement dans les secteurs ».
2- Simplifier la vie des entreprises
En revanche, l’éco-organisme existe pour veiller à éviter la superposition de couches administratives et de complexité. Cela passe par l’accompagnement à la conformité réglementaire sans compliquer le système.
3- Créer des partenariats pour construire collectif
Par exemple, CITEO PRO s’appuie sur un partenariat stratégique avec GS1 pour définir les standards et les modalités de traçabilité, tout en travaillant avec les autres éco-organismes de façon la plus fluide possible et la plus coordonnée possible. À la clé : l’harmonisation au niveau européen.
4- L’amorçage financier pour combler l’écart initial
L’enjeu est d’accompagner l’investissement dans des parcs d’emballages réemployables pour amorcer la transition vers le réemploi. Plusieurs leviers sont mis en œuvre par les éco-organismes : les soutiens prévus par le cahier des charges de la REP, un bonus réemploi inscrit dans les tarifs, et des appels à projets et à manifestation d’intérêt (AAP/AMI) pour financer l’expérimentation de nouvelles solutions ou le passage à l’échelle des modèles déjà efficients.

