Réemploi et recyclage : les acteurs économiques déjà mobilisés
Les solutions de réemploi et de recyclage des emballages professionnels existent déjà. Pour les développer, plusieurs leviers doivent être activés : maîtrise des coûts, qualité des flux, organisation logistique et coopération entre les acteurs. Retour sur les enseignements de la table ronde organisée par CITEO PRO le 6 octobre 2026.
Des enseignes de distribution aux recycleurs, en passant par les fabricants d’emballages réemployables, les acteurs partagent un même constat : le défi consiste désormais à étendre les pratiques performantes à davantage d’entreprises. Pour y parvenir, il faut tenir compte des réalités économiques et opérationnelles du terrain.
La gestion des déchets, un levier de la performance opérationnelle
Certaines entreprises ont depuis longtemps intégré la gestion des déchets à leur organisation logistique.
Chez Lidl, les camions qui livrent les magasins repartent avec les déchets triés sur place pour les acheminer vers les entrepôts de l’enseigne. Ces derniers permettent de regrouper les flux avant leur prise en charge par les opérateurs. Cette organisation mobilise des moyens importants : selon Evan Duboc, chef de projet affaires publiques chez Lidl, environ 20% de la surface des entrepôts est dédiée à la gestion des déchets. Cette approche répond aussi à un enjeu économique.
Evan Duboc
Chef de projet affaires publiques – Lidl
Les prix bas nous obligent à maîtriser tous nos coûts, cela ne doit pas être un centre de coût.
La gestion des déchets s’intègre ainsi aux processus logistiques existants, plutôt que de fonctionner en parallèle de l’activité.
Recyclage : améliorer la qualité des flux et leur collecte
Les emballages professionnels présentent des caractéristiques particulièrement favorables au recyclage. Selon Rémy Belval, président du Syndicat national des Régénérateurs de matières Plastiques (SRP), les rendements peuvent atteindre environ 95%, un niveau supérieur à celui observé pour les emballages ménagers. Les films plastiques de palettisation constituent un exemple de flux homogène permettant une valorisation efficace.
Pour autant, la qualité du tri reste déterminante. Le mélange de différentes couleurs peut limiter les débouchés de la matière recyclée. Les emballages composites, constitués de plusieurs matériaux, peuvent également compliquer leur valorisation. L’amélioration du recyclage passe donc notamment par une meilleure prise en compte de la recyclabilité dès la conception des emballages.
Un autre défi concerne la collecte des petits volumes, plus difficiles à capter dans des conditions économiquement viables. Rémy Belval, président du Syndicat national des Régénérateurs de matières Plastiques (SRP), souligne cette difficulté :
Remy Belval
Président – SRP
Notre difficulté c’est d’aller chercher les petits flux, chez les artisans, les petites et moyennes surfaces. Pour des volumes de quelques kilos seulement, l’intérêt économique est très limité, même lorsque la source est proche.
Enfin, pour Rémy Belval, le cadre réglementaire constitue également un levier pour développer le recyclage, notamment à travers les obligations d’incorporation de matière recyclée et les mécanismes d’éco-modulation.
Pour Sabine Haltebourg, directrice des opérations chez CITEO PRO, l’enjeu est d’identifier les freins rencontrés sur le terrain et de mieux orienter les investissements vers les gains de performance possibles. La concertation entre détenteurs, opérateurs de collecte, recycleurs et fabricants doit contribuer à faire émerger des réponses adaptées aux réalités de chaque acteur.
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Réemploi : raisonner à l’échelle de toute l’entreprise
Le réemploi présente également un avantage opérationnel direct : limiter la production de déchets à gérer sur site. Moins de déchets signifie moins de stockage temporaire, moins de manutention et moins de flux à organiser avant leur collecte. Dans la distribution, certaines organisations permettent déjà de faire circuler les emballages entre les entrepôts et les magasins.
Pour Pascal Azuara, chef des ventes de Loadhog France, la rentabilité dépend directement de la fréquence d’utilisation.
Pascal Azuara
Chef des ventes – Loadhog
Plus les rotations sont importantes, meilleure est la solution économique du réemploi. Un emballage réemployable doit circuler et doit être utilisé le plus possible pour définir le besoin du parc.
La performance repose aussi sur des critères très concrets : facilité de manutention, ergonomie, stockage et transport retour. Les emballages doivent s’adapter aux contraintes des équipes et de la chaîne logistique.
Surtout, le choix du réemploi ne peut pas se limiter à une comparaison des prix d’achat. Il faut prendre en compte les coûts et les bénéfices à l’échelle de l’entreprise.
« Passer sur du réutilisable c’est s’intéresser à toute la chaîne de votre entreprise. Le gain peut être global, il faut regarder un retour sur investissement à l’échelle de l’entreprise. »
Cette approche suppose de faire travailler ensemble les différents métiers afin d’évaluer les effets de la solution sur l’ensemble de l’organisation.
Acteur du réemploi
Une transformation qui dépasse la seule gestion des déchets
Qu’il s’agisse de réemploi ou de recyclage, les échanges soulignent l’importance de la coopération entre les acteurs de la chaîne de valeur. C’est l’objectif du CLAAP, le comité de liaison des acteurs de l’aval professionnel porté par CITEO PRO : réunir les détenteurs, opérateurs, recycleurs et fabricants afin d’identifier les freins de terrain, de mieux orienter les investissements et de capter les gains de performance encore disponibles au sein de la filière.
Cette démarche s’inscrit dans une volonté plus large de rapprocher l’amont et l’aval dans cette nouvelle filière. Sabine Haltebourg, directrice des opérations de CITEO PRO, souligne ainsi
Sabine Haltebourg
Directrice des opérations – CITEO PRO
Sur cette filière on décloisonne l’amont et l’aval : chez CITEO PRO, on s’est battus pour que les producteurs aient un ROI direct, dès lors qu’ils gèrent leurs déchets directement ou en faisant appel à un opérateur, notamment avec les soutiens qui représentent un allègement de charge.
La concertation doit notamment permettre de mieux cibler les investissements et de favoriser l’émergence de solutions qui tiennent compte des contraintes de l’ensemble des acteurs.
L’objectif fixé pour la filière est d’atteindre un taux de recyclage de 55% des emballages professionnels en plastique à compter de 2030. Pour atteindre collectivement cet objectif, CITEO PRO consolidera les pratiques qui fonctionnent déjà et mobilisera collectivement les acteurs pour lever les freins qui subsistent.
Si les solutions existent déjà, leur généralisation suppose désormais de franchir un cap collectif. La qualité des flux, la massification des gisements, le développement du réemploi et la coopération entre les acteurs apparaissent comme les principaux leviers pour accélérer la transformation de la filière des emballages professionnels.
Pour aller plus loin
Visionnez le replay de la table ronde « Réemploi et recyclage : les acteurs économiques déjà mobilisés », organisée le 6 octobre 2026 par CITEO PRO.

