Réemploi

Réemploi : vers une harmonisation européenne 

Le réemploi des emballages professionnels, comme les caisses plastiques ou les palettes, est une réalité opérationnelle et économique bien établie dans les industries en Europe. À l’approche de l’entrée en vigueur du PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation), les 27 États membres s’apprêtent à mettre en œuvre ce nouveau cadre règlementaire sur leurs territoires, parfois avec des approches hétérogènes entre les différents États. Dans ce contexte, comment construire une vision d’ensemble à l’échelle européenne ?

C’est pour répondre à cette question que CITEO PRO a organisé, le 20 mai 2026, une table ronde dans le cadre de la ReUse Economy Expo, réunissant industriels, éco-organismes et acteurs du réemploi autour des grands enjeux d’une stratégie européenne cohérente.  

Animée par Domitille Derennes (Responsable développement CITEO PRO), cette rencontre a réuni :  

  • Xavier Lhoir, Directeur général de Valipac 
  • Julie Guilbaud, Secrétaire, Reusable Packaging Europe (RPE) 
  • Olivier Cotillard, Expert économie circulaire, Renault 
  • Julien Dubourg, Président exécutif, CITEO PRO 

L’opportunité économique du réemploi des emballages professionnels à grande échelle 

Le réemploi des emballages professionnels est d’ores et déjà une réalité pour les acteurs économiques. Le niveau de maturité atteint sur le sujet confirme la nécessité de le penser dans une véritable logique industrielle. 

Sur 17 Mt d’emballages professionnels mis à disposition sur le territoire en France par an, 10,7 Mt sont réemployables et réemployées. Cependant, l’étude de préfiguration de l’ADEME montre que le réemploi varie d’un matériau à l’autre, avec des performances avancées pour les emballages en bois et en plastique : 

MatériauGisementUsage uniqueRéemploi
Bois5,7 Mt51%49%
Papier-Carton4 Mt99%<1%
Plastiques3,9 Mt22%73%
Acier3,6 Mt1%96%

L’exemple du groupe Renault confirme cette maturité. Olivier Cotillard le souligne : le groupe gère 5 millions d’emballages réemployables qui circulent entre ses équipementiers et ses usines de fabrication. Plus de 95% des mètres cubes de pièces emballées arrivent en usine dans des emballages réemployables. « Sans le réemploi, affirme-t-il, on aurait 10 à 20 fois plus de tonnage de déchets d’emballages dans nos usines, ce qui serait ingérable. Notre activité principale c’est de fabriquer des véhicules, et non pas de générer des déchets d’emballages. ». 

RPE (Reusable Packaging Europe), association européenne qui représente les gestionnaires de parcs d’emballages professionnels (poolers), opère à l’échelle des 27 États membres depuis 40 ans. Ses adhérents mettent notamment à disposition des palettes et des bacs réutilisables auprès de différents acteurs économiques. Les adhérents de RPE assurent la collecte, le nettoyage, la réparation et la remise en circulation des emballages professionnels. Ces emballages réemployés peuvent être utilisés entre 7 et 15 ans. Ainsi, les adhérents de RPE maîtrisent le cycle de vie de leurs emballages, jusqu’à leur fin de vie. Ils récupèrent les emballages hors d’usage pour les recycler dans des filières dédiées, avec un taux de recyclage qui atteint 99% . 

Julie Guilbaud

Secrétaire – RPE

C’est un cercle extrêmement vertueux, et nous faisons vraiment du réemploi à grande échelle, en gérant des flux inter-pays dans l’Union

Une maturité industrielle face aux législations européennes 

Si le réemploi est déjà bien établi dans certains secteurs industriels, les disparités entre les règlementations des pays européens freinent le véritable passage à l’échelle du réemploi des emballages professionnels.  

Xavier Lhoir, Directeur général de Valipac, l’éco-organisme belge en charge des emballages professionnels, rappelle que si l’harmonisation européenne du réemploi est déjà une réalité opérationnelle (avec des systèmes de pooling qui se sont naturellement adaptés aux besoins spécifiques des entreprises sur chaque territoire), ce qu’il manque aujourd’hui, c’est l’harmonisation administrative, avec des différences d’un pays à l’autre au sein de l’Union. Ces décalages créent des difficultés de lecture et de compréhension. De surcroît, le risque est de voir des acteurs performants en matière de réemploi être soumis à plusieurs éco-contribution pour un seul et même emballage en fonction des réglementations de chaque pays, alors qu’ils participent activement et efficacement à la prévention des déchets.  

La standardisation, une voie systématiquement pertinente ? 

Pour répondre aux objectifs réglementaires de 10% de réemploi des emballages professionnels en 2030 fixés par les pouvoirs publics français, la question de la standardisation est centrale.  

La standardisation est un levier-clé pour passer à l’échelle dans le réemploi des emballages professionnels. Néanmoins, le développement de standards doit être pragmatique, sa systématisation n’étant pas toujours pertinente. Xavier Lhoir le rappelle : « La standardisation fait sens uniquement dans les systèmes ouverts où l’interopérabilité des emballages est clé. Dans les circuits fermés comme ceux de Renault, l’imposer serait profondément contre-productif. » 

En effet, le groupe Renault a développé des emballages spécifiques pour ses besoins : des caisses renforcées pour des pièces lourdes, des agencements pour des lignes de montage particulières, des conceptions optimisées pour des tableaux de bord, etc. Ces emballages ne sont pas standardisés car ils doivent répondre à un cahier des charges fonctionnel précis, mais ils sont tout de même réemployés 10 à 20 fois. 

C’est bien là tout l’enjeu de la mise en œuvre de la REP Emballages professionnels sur le territoire français : stabiliser la connaissance sur le réemploi déjà mis en œuvre, et aller chercher la performance là où c’est pertinent.  

Le rôle des éco-organismes ou comment orchestrer l’harmonisation européenne 

Face à ces enjeux, trois catégories d’acteurs doivent s’organiser.  

L’Union européenne doit permettre le développement d’un cadre clair et harmonisé. Si le PPWR donne une direction, certaines questions restent en suspens sur la responsabilité et les États membres restent libres dans la mise en œuvre du règlement. L’arrivée attendue cette année du Circular Economy Act devrait par ailleurs favoriser l’avènement d’un marché unique de la circularité au service du passage à l’échelle du réemploi.  

Les éco-organismes, eux, sont là pour accompagner les systèmes qui ne pratiquent pas encore le réemploi. Julien Dubourg le dit : « Il revient aux éco-organismes d’absorber la complexité administrative pour simplifier la vie des entreprises ».  

Quant aux industriels, ils connaissent les réalités de terrain. C’est donc grâce à leur expérience et à la concertation avec l’ensemble des acteurs de la filière que le réemploi pourra atteindre des niveaux de performances supérieurs. 

Julien Dubourg

Président exécutif – CITEO PRO

Chez CITEO PRO, nous nous basons sur les expériences de l’industrie. Ces industries connaissent leurs besoins pour être plus performantes. À la fin du compte, on aura l’information, on la captera, on la rapportera à qui de droit

Le pragmatisme au cœur de l’harmonisation européenne  

Le message final de la table ronde est celui-ci : ne pas ajouter de la complexité administrative à ce qui fonctionne déjà. Mais pour ce faire, il faut récolter les données sur ces emballages professionnels. 

À ce titre, plusieurs pistes sont envisagées, comme une coordination au niveau européen pour avoir des règles proches d’un pays à l’autre. Tout cela devra passer par un dialogue constant entre l’Union européenne, les éco-organismes, les industriels et les acteurs du réemploi. Elle passe aussi par la volonté ferme de faire primer la performance économique et environnementale.